UFVAB MEMORABILIA

CONGRES UIFA 2004 – TOULOUSE (FRANCE)

Pays présents : ± 40 différents (sur 78 que compte actuellement l’UIFA)

Pays les plus représentés (par ordre décroissant):

            – Japon (±25 participantes, soit ± 20 % de l’assemblée)

            – USA (±15)

            – France (±10, attention: la plupart à titre individuel)

            – Roumanie (8)

            – Chine (6)

Nombre d’inscrits: ± 120

Le Congrès a tablé sur 3 thèmes:

— « Participation des Femmes Architectes après un désastre des Villes et de l’Environnement »;

— « Affirmation et contribution des Femmes Architectes à l’évolution du monde dominé par les hommes »;

—  » La Femme architecte de l’anonymat à la consécration ».

Le premier thème avait un impact particulier à Toulouse, ville frappée le 21 septembre 2001 par l’explosion de l’Usine AZF (filiale de Total-Fina-Elf, stock de nitrate ammonium) qui fit au moins 30 morts (2500 blessés, secousse de 3,2 sur l’échelle de Richter).

Les deux autres thèmes relevaient d’une problématique de fond plus générale, visant à profiler l’UIFA face à des enjeux plus intellectuels (non moins importants, et pour l’avenir des femmes dans la profession, et pour l’UIFA).

NETWORK

ASF BÂTIR ET DEVELOPPER – « Pour une meilleure qualité de vie »
Amélie Esséssé, Architecte spécialisée en coopération et développement local
EMERGENCY ARCHITECTS
Corinne Belle  www.archi-urgent.com
IAWA
Marcia Feuerstein, Ph.D. AIA,Associate Professor of Architecture College of Architecture and Urban Studies
Lois D. Gotlieb, Architecte, previous assistant of Frank Loyd Wright
UIFA JAPON
Dr. Nobuko Ogawa, Présidente UIFA Japon et membre honoraire UIFA, Architectural Engineering, Prof. Emeritus of Japan Women’s University, Northern Regions Research for Human Service Studies
Akiko Nakano, Architecte
UFA ROUMANIE
Georgeta Gabrea, Architecte drd. Présidente UFA Roumanie
Marilena Doina Ciocanea, Architecte, Urbaniste, Head of Urban Planning Section General Council of Bucharest Municipality
Sînziana – Cristina Nicolae, Architecte
ISRAEL
Joyce Oron, Architect & Town planner
DANEMARK
Alice Finnerup Møller, Arkitekt MAA Mads Thuesen Møller A/S, www.arkitekt-firma.dk
ETATS UNIS
Soonja Monet Viniegra, Principal Director of Design Viniegra & Viniegra Architecture Space Planning Interiors
FRANCE
Nicole Roux Loupiac, Architecte DPLG urbaniste DIUAP (auteur du projet du Palais de Congrès de Toulouse)
Isabelle Béné, Architecte DPLG

COMMUNICATIONS et INTERVENANTS

Sur les 36 communications initialement prévues, 30 ont eu lieu, auxquelles 2 non prévues se sont ajoutées (USA, Danemark). Le motif des absences fut principalement dû aux tracasseries de l’administration française (qui n’a pas daigné, notamment, accorder à temps leurs visas aux membres du Kazakhstan et de l’Uzbekistan), ainsi qu’à des raisons inopinées, familiales (Mexique) ou autres (Conseil Régional Midi Pyrénées).

Jean-Claude Riguet (Secrétaire Général de l’UIA) a souligné l’importance croissante, pour l’UIA, du fait qu’une ville est déterminée par ses usagers, et qu’elle ne peut dès lors se faire sans architectes conscients de ce que cela implique sur le plan humain, notamment lorsqu’il s’agit de faire face à des catastrophes urbaines et environnementales (sujet d’actualité brûlante au cours des dernières années).

Jean-François Susini (Président du Conseil Supérieur de l’Ordre des Architectes de France) a souligné la reconnaissance publique actuelle en France, pour l’architecture,

* de l’importance du rôle des femmes en tant que soutiens des hommes (au sein des agences de grande ou petite envergure)

* de l’importance de ce rôle en tant que productrices d’architecture en propre, dont le nombre croissant sur le marché du travail correspond de plus en plus à la réalité statistique des écoles d’architecture, qui comptent actuellement plus de femmes que d’hommes

* du gros travail effectué par l’Ordre au sein des entreprises et auprès des maîtres d’ouvrages pour obtenir une reconnaissance effective des compétences des femmes architectes sur chantier.

Françoise de Veyrinas (Adjointe au Maire de Toulouse) a souligné le rôle essentiel des architectes dans la reconstruction de la ville après la catastrophe AZF, outre sur le plan architectural pur, en tant qu’agents de liaison entre les autorités et la population (Toulouse compte 640 architectes sur les 1300 de la Région Midi Pyrénées, dont ± 50 % de femmes).

Solange D’Herbez de la Tour (Présidente UIFA) a rappelé les circonstances historiques de la naissance de l’UIFA en 1963 (notamment le procès gagné contre l’Administration française, qui a permis aux femmes architectes françaises d’accéder aux fonctions au sein de l’administration des Monuments Historiques). Elle a de même souligné les aptitudes des femmes à gérer tout chantier du gros œuvre au moindre détail.

Nicole Roux Loupiac (Architecte Co-conceptrice du Palais des Congrès de Toulouse) a expliqué les étapes de réalisation du projet (voir annexe 3). Elle a notamment souligné :

* l’importance du travail en association, réalité de tout projet architectural, qui a été systématiquement mis en exergue lors de la médiatisation (très forte au moment de la réalisation) du projet;

* la tenue d’un concours sur avant-projet sommaire (15.000 m² d’espace utile; travail essentiellement en coupe; 2 ans d’études 1993-1995; 2 ans de chantier 1995-1997; délais respectés; bâtiment livré comme prévu en 1997; programme complexe tenant compte de la diversité de nature des salles à abriter (concert, conférence, congrès, théâtre, danse, audiovisuel,…); jeu avec le parc pour compenser le voisinage problématique avec l’Hôtel Mercure faisant écran sur le boulevard, le terrain étroit, illisibilité des façades depuis le boulevard; réflexion sur l’aménagement des espaces; structure métallique avec béton injecté; trame en cuivre oxydé; souci de donner une lisibilité optimale en travaillant sur 4 thèmes: lumière, espace, parcours intérieur, matériaux utilisés bruts (très bien harmonisés).

Sylvie Perrol (MAF) a souligné :

* l’obligation légale pour les architectes en France de s’inscrire à une mutuelle pour assurer les projets, et ceci, que l’exercice de la profession soit fait à titre libéral, ou comme salarié au sein d’un organisme (auquel cas c’est l’organisme qui s’inscrit);

* l’obligation d’être inscrit à l’Ordre en France pour pouvoir porter le titre d’architecte sur le sol français (quid de l’harmonisation européenne et des contacts avec l’UE?);

* le fait que la MAF, actuellement, assure 22.000 architectes, dont 17% des femmes adhérentes (quid des 83% autres?), démarche les ingénieurs, assure dans l’exercice de la profession à l’étranger, assure de même les architectes étrangers sur le sol français (Pei pour la pyramide du Louvre par exemple, ou actuellement Tadao Ando pour un projet parisien);

* le fait que le poids des responsabilités professionnelles en France est lourd, et que la MAF a conséquemment un réseau d’avocats (actuellement, ± 7000 sinistres par an). Ces responsabilités professionnelles sont

– 10 ans pour les dommages du bâtiment,

– 30 ans civile de droit commun pour les dommages aux autres (voisins) pendant et après les travaux (sur lesquels les assurés doivent tout déclarer à l’assureur)

Junko Matsukawa Tsuchida (1ère Vice-Présidente UIFA) a récapitulé l’importance du travail effectué au Japon, où les femmes architectes sont très organisées et très solidaires (+ de 120 membres actives). (voir annexe 4)

Donna Dunay, Marcia Feuerstein, Lois Gottlieb ont exposé avec force de détail l’utilité fondamentale de l’IAWA et de son action multiforme, i.e. notamment:

* préservation d’archives sur tout projet concrétisé ou resté lettre morte, de quelque envergure que ce soit (travail d’archivage systématique sans préjugé qualitatif au niveau de la collecte des documents);

* importance de la mémoire des réalisations passées pour mieux cerner les enjeux des réalisations futures (évocation notamment de l’œuvre de femmes architectes longtemps oubliées comme Adrienne Gorska – ce qui est venu de manière imprévue renforcer l’opportunité d’une communication sur Eileen Gray, celle-ci ayant été initiée aux aspects pratiques du métier par… Adrienne Gorska);

* préparation d’une exposition itinérante, qui devrait débuter à Washington en 2005, sur les 20 ans de l’IAWA;

* actions futures grâce au don d’ 1 million de dollars que vient de recevoir l’IAWA (legs de Sigrid Lorenzen Rupp, membre de l’IAWA Board of Advisors, décédée le 27 mai 2004).

Amélie Essesse (Présidente de l’Association Bâtir et Développer) a présenté, en réponse à un double souci de valorisation du patrimoine architectural africain, et de valorisation du rôle des femmes dans le maintien de traditions architecturales ancestrales, deux cas de figure éloquents: les constructions en terre crue du Burkina Faso, et celle des Touaregs du Niger. Dans les deux cas, les femmes sont seules et uniques dépositaires de techniques de construction, dans la mesure où ce sont elles, suivant deux schémas respectifs de sociétés traditionnelles matriarcales, qui construisent et meublent les habitations. Un projet de centre culturel (entièrement construit par des femmes) est en cours au Burkina Faso. Un film a été montré sur un projet de construction de cabane en terre crue dans le cadre de la « Semaine de la terre », à Paris, en juin 2003.

Marika Fejes (Secrétaire Générale UIFA, Présidente de l’UFA de Hongrie) a exposé la problématique de reconstruction – modernisation, en Hongrie, de maisons traditionnelles détruites par des inondations.

Georgeta Gabrea (Présidente UFA Roumanie) a abordé la question houleuse de la politisation de l’architecture, à partir du cas des transformations des quartiers anciens de Bucarest par la dictature communiste (dont les projets furent concrétisés, sous strict contrôle, occasionnellement par des femmes architectes). Actuellement, l’Ordre des Architectes de Roumanie compte plus de 60% de femmes, et les écoles d’architecture roumaines comptent une hausse constante des femmes depuis 1989.

— Le débat qui a suivi a notamment porté sur trois questions:

– l’architecture héritée d’un pouvoir dictatorial doit-elle être détruite pour restituer les quartiers anciens disparus, ou doit-elle à son tour être considérée comme « à classer » ?

– que faire pour valoriser davantage les techniques traditionnelles africaines qui constituent un savoir ancien qu’il serait dommage de voir disparaître au profit d’une architecture importée (menace réelle pour une partie de l’Afrique aujourd’hui), et qui donnent de la femme africaine une image exemplaire cadrant assez peu avec la médiatisation des sociétés africaines hors de ce continent ?

– que faire pour promouvoir davantage l’action de l’IAWA?

Alice Finnerup Moller (Danemark) a abordé, à partir d’un projet qu’elle a dirigé au Danemark (un logement pour une communauté urbaine multiculturelle), la question de la prévention: comment éviter, grâce à l’architecture, les désastres sociaux ultérieurs? Avec comme corollaire concret, à titre d’exemple: comment organiser un immeuble à appartements où devront cohabiter des populations de religion différente?

Graciela Schmidt (Présidente UFA Argentine) a montré, à partir du cas de la ville de Rosario en Argentine (ville natale de Che Guevara), comment la réalisation d’un livret (voir annexe 7) soulignant la présence des femmes dans la nomenclature des villes s’est avéré un moyen détourné mais payant d’attirer l’attention sur les femmes architectes (les deux auteurs sont des femmes architectes). Elle a rappelé que la première femme architecte argentine fut diplômée en 1938 et que depuis la fin de la dictature, le nombre de femmes architectes n’a cessé de croître.

Milka Bliznakov (Fondatrice IAWA) a mis en évidence le rôle de l’IAWA comme gardienne d’une mémoire menacée, et spécifique (« we are different, no matter how equal we’d like to be »), soulignant la distinction a faire entre « women architects » et « women in architecture » (l’IAWA table sur ces dernières, ce qui inclut notamment toutes les femmes ayant travaillé dans l’ombre des hommes architectes). Elle a également souligné la sauvegarde assurée par l’IAWA (dans des conditions technologiques optimales) d’archives autrement potentiellement exposées aux accidents domestiques, aux dispersions après décès par des héritiers peu intéressés, etc. Elle a adressé aux participants un appel solennel aux dons, à envoyer à l’IAWA, de tous les dessins et autres documents sur tous projets, même avortés, de chaque participante. Elle a également demandé à chacune d’envoyer un CV (lettre manuscrite ou autre) récapitulant les réalisations, soulignant aussi les influences intellectuelles, philosophiques, littéraires, artistiques, ceci dans une optique de penser aux générations futures qui auront besoin d’information sur leurs aînées, et disposeront de l’outil de l’IAWA pour centraliser cette information.

Diana Gayer Elliot (USA) a abordé sous l’angle conceptuel la question de l’architecture féminine. S’inspirant des notions de yin >< yang, elle s’est basée sur 4 caractéristiques de base:

* « context climate driven >< abstract »

* « vernacular hand built >< high tech »

* « inclusive of community >< exclusive of end-users »

* « healing and restorative, design integration with nature and human interaction >< denying spirit of place »

Elle a conclut qu’il existe bel et bien une architecture féminine, qui établit une balance entre yin et yang, et qui est selon elle pratiquée « by both men and women ».

Karen Dessureault (France) a exposé l’intervention des architectes, surtout des femmes, dans le désastre récent des inondations de la ville d’Arles, où les pouvoirs publics ont été rapidement dépassés par les événements, et où les architectes, considérés par les sinistrés comme des « sauveurs » et des « agents de liaison avec les autorités », ont dû faire face à l’obligation de résultats rapides, et ont vu leur rôle prendre de multiples intonations sociales qui se sont ajoutées à leur mission purement architecturale (solution de tous les problèmes techniques inhérents à une telle mission, détermination des pathologies du bâtiment et de santé des occupants, ultérieurement déclenchées ou aggravées, détresse psychologique des sinistrés, incompréhension par eux des démarches administratives, etc.).

Les Architectes de l’Urgence (France), venues en nombre, ont longuement exposé, durant toute l’après-midi, leurs multiples interventions dans divers pays (Algérie, Maroc, Afghanistan, France). Elles ont principalement souligné:

* l’importance du rôle des architectes en pareilles circonstances, car ils ont une vision d’ensemble des problèmes (pas seulement du point de vue technique);

* la portée éminemment humanitaire de ce rôle (souvent en réponse à une demande préalable d’ONG)

* l’enrichissement humain et technique considérable d’une expérience de ce type pour tout architecte.

Soonja Viniegra (Los Angeles), Junko Matsukawa Tsuchida, Akiko Nakano (Japon) ont abordé les questions de reconstructions, après un tremblement de terre, dans des zones qui sont et restent naturellement à haut risque.

Naomi Gallo (Italie) a présenté les statistiques (voir annexe 9) des femmes architectes pour la région de Turin (ville où se tiendra, en 2008, le XXIIème Congrès International des Architectes).

Ioana Plesca (Présidente Ufvab) a inauguré le troisième et dernier volet du Congrès, avec sa communication sur Eileen Gray.

Joyce Oron (Israël) a présenté un aperçu de ses nombreuses créations architecturales en Israël (annexe 10), tablant sur un concept de percée féminine dans des formes à connotations masculines (écho architectural à la réalité sociale du pays soumis à de fortes pulsions patriarcales), et partant de textes de Simone de Beauvoir, a exploré, en laissant le débat ouvert, la question de l’architecture féminine.

Georgeta Gabrea (Présidente UFA Roumanie) a exposé quelques créations architecturales récentes faites par des femmes à Bucarest, et a notamment invité Sînziana-Cristina Nicolae, actuellement encore étudiante, à présenter un projet d’une maison moderne unifamiliale, inspirée des traditions locales et récemment remis par un groupe d’étudiants de l’Université d’Architecture et d’Urbanisme Ion Mincu (Bucarest) et le NAI Rotterdam.

Le Congrès a clôturé ses assises sur l’accentuation de deux points:

* l’importance pour l’UIFA d’accroître son action d’organisme de promotion du rôle de la femme architecte, et de viser en cela se renforcer pour œuvrer, à travers l’architecture, à des objectifs humanitaires de nature pacifiste

* l’importance pour l’UIFA, notamment à travers l’outil renforcé de l’IAWA, d’agir en tant que gardienne de la mémoire des femmes architectes, d’un passé pavé d’oubli, à un futur qu’il faut vouloir paver de souvenirs.